Concepts

L’ensemble des concepts figureront dans le site complet, accompagnés des principaux textes qui les développent et les illustrent.

Féminologie

« Comme la sociologie est une science du social, je propose la féminologie comme science des femmes. Il s’agit d’élaborer un champ épistémologique différent, un lieu externe à l’exclusion internée où logos et phallus enferment le sujet femme. Ce lieu tente de communiquer un savoir et de l’articuler à une expérience. Ce savoir et ce langage se constituent de la traversée et du bond au dehors des différentes théologies auxquelles sont assignés les discours.
Ni maître ni esclave, elle est une tentative pour constituer l’expérience, la compétence de la grossesse – propre à toute femme – en savoir universel. Mon mouvement de pensée s’appuie sur ce donner lieu au non lieu, en tenant compte du temps de la fécondité, du temps génital. Tout ce que j’ai élaboré procède de cette matrice. La féminologie est le logos à l’épreuve du matriciel. »

Qui êtes-vous, Antoinette Fouque ? (Entretiens avec Christophe Bourseiller, Bourin éditeur, 2009)

« J’appelle féminologie ce champ épistémologique nouvellement ouvert aux côtés des sciences de l’Homme, promesse d’enrichissement réciproque. Ces sciences des femmes s’efforcent de comprendre notre savoir forclos, à la fois inconscient et exclu. Elles ancrent dans le lieu de la gestation le temps de la procréation : généalogie de la connaissance et connaissance de la généalogie. En retraversant les sciences de la nature et les sciences humaines, elles iront de la gynéconomie à l’éthique. »

Préface à la première édition de Il y a deux sexes, 1995
(Il y a deux sexes. Essais de féminologie, 2004)

L’envie de l’utérus

« J’ai très tôt conceptualisé, il y a trente ou quarante ans, à partir de mon expérience de la grossesse, que la racine inconsciente de la misogynie, c’est l’envie de l’utérus, sur quoi se fonde le phallocentrisme, c’est-à-dire la culture, l’idéologie, la politique, la sexualité misogynes. L’envie de la compétence, de la pulsion de vie des femmes. Tous les monothéismes fonctionnent sur cette envie et sur l’obsession du contrôle de la procréation. »

« Dix ans après Pékin », 11 janvier 2005 (Gravidanza. Féminologie II, 2007)

« Le mal qui frappe l’humanité, c’est que, représentée par les seuls hommes, elle s’est amputée de la moitié de son espèce, c’est-à-dire des femmes. Et ce, par envie. Car je mets à l’origine de cette violence contre les femmes l’envie d’utérus. Bien plus puissante que l’envie de pénis martelée par Freud, c’est elle qui fonde la misogynie, l’envie du mâle devant la capacité procréatrice des femmes. Je n’ai cessé d’en dégager les implications politiques et psychanalytiques. Cette analyse a été pour partie reprise par l’anthropologie contemporaine. Ce n’est pas pour rien que les hommes de génie se fantasment toujours comme accouchant d’une œuvre géniale, c’est-à-dire génitale. Et cette violence contre les femmes, qui naît de l’envie première d’utérus, c’est le péché capital de l’espèce humaine, car elle détruit le lieu d’où elle vient. »

« Les femmes anthropocultrices », 2010 (Génésique. Féminologie III, 2012)

Libido creandi

« Lacan, à la suite de Freud, a formulé qu’il n’y a qu’une libido, phallique. Dès les premières réunions du MLF, en 1968, j’ai affirmé que les deux sexes sont symbolisables et qu’il existe une autre libido que j’ai appelée libido 2 ou libido creandi, celle à l’œuvre dans la gestation, une libido matricielle, utérine, qui est le paradigme de la capacité à recevoir, à accepter, à donner lieu, à donner temps au corps étranger, à l’Autre. »

« Les femmes anthropocultrices », 2010 (Génésique. Féminologie III, 2012)

« Voilà la libido creandi : être porteuse d’accélérations qui ne sauraient avoir lieu sans le contenant, l’autre corps, lequel prend un temps de gestation qui laisse s’accomplir la métamorphose, qui autorise la métamorphose et la sculpture du vivant. »

Qui êtes-vous, Antoinette Fouque ? (Entretiens avec Christophe Bourseiller, Bourin éditeur, 2009)

« ‘Qu’appelle-t-on penser ?’ C’est incarner l’humanité, l’expérience. Je pense que la libido utérine est justement le paradigme de la capacité à recevoir, à accepter, à tolérer, à donner lieu, à donner temps au corps étranger et à l’autre, qui n’en est pas un. Les femmes ne sont pas les autres de l’Un, et faire un enfant, c’est faire un être à venir qui n’est pas non plus l’autre de la mère. C’est un vrai pluriel. Dans la gestation, il y a spontanément du deux. Personne n’est l’autre de l’un ou de l’une, c’est cela l’humain. L’enfant à venir ou l’œuvre à venir est un sujet qui vit sa vie, qui travaille et qui pense, au-delà même de ce que la mère, l’artiste ou le poète avaient pu penser. La création génitale est le lieu de toute création de génie. Lacan disait qu’un être de génie est celui qui met au monde un objet qui n’existait pas avant lui. Le génie des femmes est cette capacité de faire venir au monde cet objet génital unique, comme un sujet absolument vivant, pensant, parlant. »

« Le génie des femmes et la démocratie », 6 juin1992 (Gravidanza. Féminologie II, 2007)

L’expérience de la grossesse

« La gestation, expérience initiale et ultime du développement et de l’accomplissement narcissique des femmes, constitue l’expérience princeps, la pensée première, le coeur même de la connaissance, le paradigme de l’éthique, le penser à l’autre en tant que sujet. C’est la capacité d’autre et la reconnaissance de l’autre : amour du prochain et démocratie. C’est pour les femmes la voie royale de la pensée ; en revanche, pour les hommes, c’est l’expérience impossible, le réel interdit donc forclos. »

« Reconnaissances », 9 mars 1994 (Il y a deux sexes. Essais de féminologie, 2004)

« La gestation est une expérience majeure de l’espèce humaine, le lieu de l’inconscient : une expérience du réel, où une femme à l’œuvre fait œuvre d’être. J’ai toujours eu cette passion : m’interroger sur pourquoi et comment naît-on. »

Qui êtes-vous, Antoinette Fouque ? (Entretiens avec Christophe Bourseiller, Bourin éditeur, 2009)

« Chaque gestation comme réinvention de l’humanité, chaque expérience comme origine de vie humaine. Cette expérience est éminemment poétique, créatrice et éthique. L’expérience léguée en tant que femme, femelle dans l’espèce, en fait une experte ès humain. Elle invente, réinvente, sans interruption pendant neuf mois la relation à l’Autre. Elle est l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin offerte de l’humanité qu’elle transmet, transforme et fait évoluer. »

« Chaque gestation comme réinvention de l’humanité », 2012
(Postface à l’édition en Poche Folio de Il y a deux sexes, 2015)

Forclusion du corps de la mère

« Comme il y a « forclusion du Nom du Père » dans la paranoïa masculine, il y a, dans la paranoïa féminine, « forclusion du corps de la mère » (j’ai créé cette formule en référence à celle de Lacan, mais pour désigner ce dont il ne parle justement pas ; c’est l’autre versant du travail lacanien). Se pose la question du rapport du fils au matriciel, et la question de la spécificité de la relation entre la fille et le matriciel, de la mise en abîme de l’utérus : une femme, engendrant une femme…, et de ce qui s’en dégage, pour les deux sexes, du côté de la production de vivant. Là, on doit obtenir un processus de maturation génitale, c’est-à-dire accéder à une humanité poétique, qui reconnaisse sa faculté de dégager le phallique de l’anal et de faire accéder le phallique, par la mise en rapport avec une autre génitalité, à une production de vivant. La production de vivant est toujours tripartite, phallus, utérus, et le produit, la production. Au niveau réel, c’est un homme et une femme qui font un enfant. Mais ailleurs ? Ce serait une société créative, génitalisée. C’est de l’utopie, et ce n’est pas de l’utopie ; c’est du projet, du projet politique. »

« Gravida », 1980 (Gravidanza. Féminologie II, 2007)

« Or, si le refoulement est un des concepts fondamentaux de la psychanalyse, sa clef de voûte peut-être, la forclusion du corps de la mère, comme celle du nom du père conceptualisée par Lacan, peut, elle aussi, être génératrice de psychose : ce qui est forclos du symbolique fait retour dans le réel. »

« La psychanalyse a-t-elle réponse aux femmes ? », 2 avril 1991
(Il y a deux sexes. Essais de féminologie, 2004)

Nouveau contrat humain

« Plus encore que d’une Renaissance, c’est d’un modèle de civilisation qu’il s’agit. Les femmes inventent un nouveau contrat humain, un nouveau monde, qui ne se limite pas à leur assimilation au modèle universel abstrait narcissique où l’on en revient toujours à l’Un. Au-delà de l’égalité et au-delà de l’artifice des genres et de l’universel, elles proposent un modèle de diversalité où économie phallique et économie utérine se conjuguent, où 1 que multiplie 1 fait 3. Co-création, tripartite toujours. Voici le temps de la fécondité, la nouvelle alliance entre les hommes et les femmes. »

« Geste », (Préface au Dictionnaire universel des créatrice, 2013)

« Je crois que, si la forclusion ne fait pas son méchant travail de haine et de destruction, c’est le temps de l’alliance et de la gratitude à l’égard de nos mères, de nos filles, de toutes les femmes que nous sommes, et de la part femme de chacune et chacun d’entre nous. Entre le contrat social et le contrat naturel que nous proposent les écologistes, pourra se situer un contrat humain qui renoue avec ce qui est peut-être le lieu de l’éthique, le lieu de notre origine évolutive et évolutionnaire, la chair conceptuelle comme élément vivant, parlant, pensant, intelligent. Le génie, la génitalité, la génialité sont à reconquérir, et c’est l’enjeu du XXIe siècle… »

« Le génie des femmes et la démocratie », 6 juin1992 (Gravidanza. Féminologie II, 2007)

« Il s’agit d’élaborer une théorie de la génitalité, cette capacité, et pour l’homme et pour la femme, de « donner, de recevoir, de rendre », et pour cela, il faut la reconnaissance d’un sexe par l’autre et les deux ensemble. On sort de l’espace de la guerre (ou de la paix), on accède à la sphère de la « majorité » dont parle Kant pour les Lumières. Je n’ai cessé de le dire depuis trente-cinq ans : il y a deux sexes, homme et femme. Je pense qu’il faut un nouveau contrat humain. L’expérience de la génitalité femelle, avec la fonction génésique et la gynéconomie, est jusqu’ici restée forclose et non intégrée au symbolique, alors que c’est elle qui peut ébranler le phallocentrisme. »

« Dix ans après Pékin », 11 janvier 2005 (Gravidanza. Féminologie II, 2007)

Le corps d’une femme, premier environnement de l’être humain

« Fille ou garçon, chacun de nous est né d’un corps de femme. J’affirme depuis longtemps que c’est là le premier environnement de l’être humain. Il nous aura non seulement offert l’hospitalité charnelle, le gîte et le couvert, mais il nous aura fait grandir, nourris de sa chair, transmis son héritage : en même temps qu’il aura sculpté notre corps intégral, parfait, il l’aura équipé pour penser et parler. Ce n’est pas un miracle. C’est une œuvre d’être humain, un perfectionnement depuis des millénaires d’une espèce par ses femelles intelligentes. »

« Gynéconomie et écologie », 2010 (Génésique. Féminologie III, 2012)

« En 1992, au Sommet de la Terre de Rio de Janeiro, où plus de 400 ONG de femmes ont mis en évidence que le modèle de développement dominant est une menace non seulement pour la planète, mais pour l’espèce humaine, j’ai développé que le corps, la chair des femmes est le premier environnement — le premier monde accueillant ou rejetant, le premier milieu naturel et culturel, physiologique, mental, charnel, verbal, inconscient – où se forme, se crée et grandit l’être humain, où l’espèce humaine se génère. J’ai dit là que le génie, la génitalité, la génialité étaient à reconquérir, et que c’était là l’enjeu du XXIe siècle. »

« Les femmes anthropocultrices », 2010 (Génésique. Féminologie III, 2012)

« Il faut rappeler ici que, dans la plupart des pays, les femmes ne sont pas au monde ; elles sont sans droits, sans noms ou prénoms dans certains lieux, elles n’existent pas. Et pourtant même ces femmes-là sont ce monde d’avant la naissance qui, pendant neuf mois, constitue l’environnement absolu de l’embryon, du fœtus et de ce qui va être le nouveau-né, juste avant l’enfant in statu nascendi, en train de naître. Le premier environnement de l’être humain, le corps génésique d’une femme, est déterminant pour la formation du corps, du cerveau… C’est la base de l’écologie humaine. »

« Chaque gestation comme réinvention de l’humanité », 2012
(Postface à l’édition en poche Folio de Il y a deux sexes, 2015)